EN BREF : mythes et récits
Comme tous les arts martiaux, l’origine remonte à plus de 1500 ans en Inde (soit aux alentours de l'an 480 de notre ère). On associe les premières techniques d’entraînement corporel pour les moines à un personnage nommé Boddidharma. Celui-ci aurait bâti des exercices selon sa connaissance du kalaripayat et du vajramushti pour aider les moines souvent en méditation à ne pas s’affaiblir du corps. Il serait parti pour le Nord de la Chine où il résida à Shaolin pendant de longues années et où il enseigne ces exercices réputés pour leur grande dureté. A l'invasion de Shaolin, tous les moines, adeptes de cet art martial primitif, se sont dispersés dans l'ensemble de la Chine emportant leur savoir et créant des écoles pour le diffuser.
Ces récits historiques de la creation du karaté semblent
néanmoins teintés du désir japonais de minimiser l’influence chinoise. Il
s’avère que des pratiques guerrières, ou martiales étaient déjà très
développées en Chine bien avant la venue de Bodhidharma.
Sunzi , Général chinois, dans ses " Treize chapitres
sur l’Art de la Guerre ", ouvrage écrit au quatrième siècle avant notre
ère, traite, par exemple, de l’Art du Poing (Quanfa ou Chuan Fa) et en
conseille l’usage aux officiers... 800 ans avant la venue de l’Illuminé en
Chine.
Les historiens japonais de la période nationaliste attribuaient
la paternité des Arts martiaux à Bodhidharma... donc au courant bouddhiste. Ils
en avaient ignoré les origines taoïstes à dessein. Ils passaient ainsi sous
silence les autres versions issues d’une tradition chinoise, avec laquelle le
Japon imperial avait historiquement peu d’affinités.
Par ailleurs, il semble qu'il y avait bel et bien 5 temples portant l'appelation "Shaolin" en Chine. Le moine boudhiste aurait trouvé refuge non pas dans le temple Shaolin du Quangzhou (d'où proviennent bien les applications martiales apparentées au kung-fu ) mais dans celui de Songchan dans le He Nan, au centre de la Chine. Le monastère de Quangzhou étant situé bien plus au Sud, son influence sur la pratique martiale d'Okinawa est incontestable. Beaucoup de biographies de grands maîtres du karaté attestent d'ailleurs de très longs séjours réalisés dans le sud de la Chine. C'est le cas, notamment de Kanryo Higashionna et de Chojun Miyagi, le père du Goju-ryu.
Ces techniques se sont donc répandues tranquillement dans
les temples du sud de la Chine pour devenir plus tard le Kung Fu chinois que
l’on connaît. Kanryo Higaonna, un Japonais, étudia cet art martial dans le sud
de la Chine à la fin du XIXe siècle. Il rapporta cette influence à Okinawa où
plusieurs habitants s’exerçaient déjà aux arts martiaux.
Chojun Miyagi fut l’élève le plus proche de Sensei Kanryo
Higaonna, alors à la mort du maître en 1916, il continua l’enseignement de ce
style qui n’avait pas encore de nom. Il fit des démonstrations au Japon entre
1921 et 1925 où il fit connaître l’Okinawa-Te (ce qui allait devenir le karaté,
mais sans déjà se nommer ainsi) au côté de Gichin Funakoshi.
C’est en 1933 que Chojun Miyagi nomma ce style le Goju-ryu, pour une démonstration au Japon. À la mort de Chojun Miyagi en 1953, il y eut plusieurs de ses élèves qui devinrent des grands maîtres et qui continuèrent de propager les enseignements liés au Goju-ryu pour notre plus grand plaisir.
EN DETAIL : en partant de l'île d'Okinawa
En 1372, le roi d'Okinawa prête allégeance à l'Empereur
MING. Un voeux qui concrétise des années d’échanges commerciaux et culturels
entre la Chine et son archipel. Trente six familles chinoises, issues de la
noblesse, s'installèrent alors à Okinawa, à Kume près de
En 1609, les Japonais envahissent l'île. Ces derniers
instaurent une domination militaire et interdisent les armes, pour éviter toute
rébellion. C'est à partir de ce moment que les techniques de combat à mains
nues (To De) se transmettent secrètement, de Maîtres à disciples. Les entraînements
se déroulaient en cachette, le plus souvent la nuit, et étaient basés sur
l'efficacité.
Ce sont donc les habitants d'Okinawa qui, par
nécéssité, ont donnés naissance à une
méthode de combat à mains nues, qui sera appelée par la suite Karaté. L'art de
combat à mains nues se développa surtout autour de 3 villes :
Le Naha-Te était développé autour de la principale ville
portuaire,
A cette époque l'art
martial local s'appelait “ TE ” ou “ TO-DE ”. C’est sous cette même appellation
qu’il fut introduit au Japon, dans les années 20. “ To De ”, qui voulait dire “
Technique de main Chinoise ” (en langage chinois) pouvait s’énoncer à la
japonaise “ Kara-te ” autrement dit “
Main de Chine ” (Le déchiffement des idéogrammes dans l’une ou l’autre langue
est à la base cette différence) . Une signification complémentaire du mot “
Kara-te ” en japonais venait se greffer sur ce concept et au Japon, on pouvait
le traduire par “ Main vide ”.
En 1930, Gichin
FUNAKOSHI, le père du Shotokan moderne,
adopta cette dernière prononciation, afin d'éviter que le karaté ne
porte, dans son nom, une origine chinoise trop évidente. Sa décision souleva
une réaction très vive parmi les Maîtres vivant à Okinawa. Gichin FUNAKOSHI dut
se plier à l'air du temps qui était celui du nationalisme japonais et se coupa
de tout un pan de l'histoire du karaté - ou plutôt de l'Okinawa-te, dont les
racines sont incontestablement chinoises.
Dans les courants dominant du développement historique du
Karaté, il n'y a réellement que deux grands styles d'origine : le Shuri-Te et
le Naha-Te. Comme les deux styles sont dérivés des mêmes traditions martiales
chinoises, leurs différences sont seulement d'ordre technique.
Le Naha-Te fut perpétué par Maître Kanryo HIGAONNA, qui pour
parfaire ses connaissances de l'art du combat appris sur l'île, partit en
Chine, dans la région de Fuzhou, afin d'y étudier le style de combat de la
Chine du sud (en particulier le style de la grue blanche).
De retour, il adapta ce qu'il avait appris à la mentalité
des hommes d'Okinawa.
Plus tard c'est son successeur, Maître Chojun MIYAGI, qui lui donna le nom de Goju-ryu.



